Allocation d’actifs : Quelques méthodes simples pour organiser ses investissements

 

Evelyne Brugère et Marie-Noëlle de Pembroke

 

Chaque début d’année voit renaître les interrogations et angoisses des investisseurs concernant leurs choix stratégiques d’allocation d’actifs. Est il encore temps d’investir sur les actions, les taux bas des emprunts d’Etats présagent-ils d’un crash obligataire, peut on revenir sur les émergents? Bien évidemment et même si certains excellent dans l’exercice, il est quasiment impossible de trouver l’allocation optimale, et qui plus est, de la trouver chaque année.

Face à ces stratégies prospectives, ils existent pourtant des méthodes d’allocations simples, qui tiennent compte avant tout des besoins des investisseurs et de leur niveau d’acceptation du risque. Les placements sont choisis principalement parce qu’ils correspondent aux objectifs de l’investisseur en terme de rendement/risque.

Ces techniques, importées du monde de l’assurance et de la gestion d’actifs, sont des outils précieux qui privilégient la maîtrise des risques, et permettent d’éviter les mauvais choix.

 

L’allocation Actif/Passif

L’allocation Actif/Passif (ALM en anglais) est la méthode utilisée par les assureurs pour faire face à leurs engagements. En contrepartie des primes reçues, l’assureur s’engage à verser des capitaux à des dates incertaines. La gestion du Passif (les engagements), consiste donc à évaluer l’échéancier des flux qui devront être versés aux assurés. Les tables de mortalité, les outils statistiques permettent d’apprécier et de déterminer ces flux prévisionnels.

L’allocation d’Actifs viendra ensuite s’ajuster au plus près de ce Passif de façon à produire les flux nécessaires à chaque échéance.

Pour un particulier ou une entreprise, l’exercice est exactement le même, avec une première phase de détermination du Passif et une phase d’ajustement des Actifs aux Passifs. Dans la rubrique Passif, on notera pour les entreprises les flux de devises, le BFR, les provisions, les échéances d’emprunt, les investissements à moyen ou long terme. Pour les particuliers, les « postes » de Passif seront le train de vie et le besoin de complément de revenus en particulier après la cessation d’activité (retraite, cession de l’outil de travail), l’entretien des résidences, le financement des études des enfants, les investissement en Private Equity, le financement des œuvres philanthropiques ou le budget alloué à ses domaines de prédilection. (Investissements Plaisir).

A partir de là et selon la complexité du Passif, l’allocation d’Actifs sera effectuée de façon à générer les flux utiles à l’entreprise ou à la famille. En déterminant des compartiments bien distincts ayant chacun l’objectif de financer un Passif (c’est la technique du cantonnement des assureurs), il est plus facile de choisir l’investissement qui a le plus de chance de générer le flux attendu au moment nécessaire. L’avantage est également que, à l’instar des assureurs qui ne valorisent pas les obligations au prix de marché en cours de vie, l’investisseur n’a pas à se préoccuper des fluctuations des marchés avant les échéances des Passifs et ne sera pas enclin aux « ventes paniques » qui peuvent affecter un patrimoine. Enfin, grâce au cantonnement, un aléa touchant l’un des compartiments, n’affectera pas les autres.

Dans sa version la plus simple pour un particulier, l’allocation Actif/Passif sera effectuée en fonction de l’âge et l’espérance de vie de l’investisseur. C’est ce qui est souvent proposé par les assureurs sur les contrats assurance vie ou de retraite avec les contrats dits évolutifs, dont la part investie en actions diminue au cours du temps.

L’allocation Cœur/Satellites

Dans cette approche utilisée par certaines sociétés de gestion, une partie plus ou moins importante du capital est sécurisée, la partie restante étant investie en fonction des paris ou des coups de cœur de l’investisseur. Cette technique est largement utilisée pour créer des produits garantis avec effet de levier sur des marchés spécifiques. La partie cœur permet en générant des revenus réguliers de reconstituer le capital initial au bout d’un certain temps, le ou les satellites servant à doper la performance. C’est également ce qui est mis en œuvre dans les contrats d’assurance vie lorsque l’on adopte une répartition de type 80/20, c’est à dire 80% dans le contrat en euros et 20% en Unités de compte. Le cœur de l’allocation constitue un coussin de sécurité autorisant une prise de risque plus importante sur la partie Satellite. L’intérêt de cette technique est là encore d’obtenir un certain cantonnement des actifs, cette fois ci non pas en fonction des engagements mais en fonction des Risques que l’on souhaite prendre. L’autre avantage de cette méthode est que l’investisseur, rassuré sur une partie de ses actifs, pourra laisser libre cours à son imagination pour la partie restante et s’intéresser à des investissements plus originaux, de type Private Equity, Euro PP, Pays exotiques. ..

La recherche de revenus

Cette dernière approche consiste à rechercher les investissements procurant des revenus réguliers, le plus souvent des actions de sociétés dans lesquelles on recherche avant tout la distribution de dividendes. Cette technique requiert des capitaux importants car les investissements choisis n’ont pas vocation à être arbitrés au cours du temps et doivent être conservés sans limitation de temps. C’est ce que l’on appelle le portage. La encore, les fluctuations de marchés n’ont pas d’incidence, seul importe la capacité de la société à distribuer des dividendes. L’investisseur se comporte alors comme un chef d’entreprise, qui bénéficie parfois de revenus confortables, mais qui doit aussi ajuster ses besoins lors des mauvaises années.

Tous ceux qui ont hérité d’un portefeuille d’actions ou de titres de l’entreprise familiale connaissent bien les avantages de cette méthode.

Pour cette allocation en recherche de revenus, le processus est bien sur beaucoup plus long puisque qu’il faut s’assurer de la pérennité de chaque entreprise dans laquelle on investit et de sa capacité à générer de manière récurrente des dividendes. Certains gérants professionnels ont d’ailleurs fait leur spécialité de ce savoir faire. Si leurs performances peuvent décevoir dans les années de fortes hausses des marchés, leur régularité et leur capacité à résister aux crises, les placent souvent en tête des classements sur longue période.

 

Cette année encore, les économistes et stratégistes des grandes maisons de gestion vont nous dévoiler leurs anticipations pour l’année 2014. Les discussions sur la fin des politiques accommodantes des Banques Centrales, sur la remontée des taux longs ou sur la sous-évaluation des actions européennes vont agiter la planète financière. Adopter le principe d’une allocation structurée vous permettra de profiter pleinement et sereinement de tous ces passionnants débats pour ajuster, à la marge, votre allocation.

 

 

Evelyne Brugère et Marie-Noëlle de Pembroke