La transmission se prépare dès le plus jeune âge

 

Evelyne Brugère et Marie-Noëlle de Pembroke

 

Le sujet de la transmission est un sujet qui fait couler beaucoup d’encre et génère des discussions infinies entre les différents experts du patrimoine. Quelles sont les meilleures façons de transmettre son patrimoine, ses biens immobiliers, son entreprise? Comment limiter l’impact fiscal de cette transmission ? Que transmettre et que garder pour générer les revenus nécessaires à son train de vie ?

Dans ces discussions passionnantes et souvent passionnées, on oublie souvent le point de vue de celui ou ceux qui reçoivent. Ces derniers sont en effet très souvent absents des réflexions alors que l’adhésion des repreneurs et des bénéficiaires est indispensable au succès de la transmission. Pire, une transmission mal préparée ou n’ayant pas été ouvertement discutée peut nuire gravement à l’harmonie et l’entente familiale.

Alors comment anticiper très en amont cette transmission et ces discussions familiales ?

Nous pensons que dès leur plus jeune âge, les enfants peuvent être initiés à cette transmission future avec des mots simples, pour que l’entreprise, le parcours professionnel, et l’héritage deviennent familiers. La visite du bureau, de l’usine, les échanges avec les salariés contribuent à changer le regard des enfants sur le monde du travail et les occupations de leurs parents. L’entreprise devient le lieu où les adultes construisent leur avenir et celui de leur famille. Cette sensibilisation doit nourrir l’échange entre les générations, sur le sens et les valeurs de l’engagement professionnel et entrepreneurial. La transmission des valeurs est la 1ère étape de la transmission du patrimoine et commence dès le plus jeune âge.

Lorsque les enfants grandissent, l’initiation peut prendre un aspect plus pratique. Leur confier un budget est une première approche réelle de la gestion d’un « patrimoine ». L’ouverture d’un PEA également, pourra être un bon outil d’apprentissage et de discussion sur l’économie et les sociétés cotées. Enfin, les stages dans l’entreprise familiale ou chez un partenaire contribueront à la formation des jeunes générations. La transmission des savoirs est la 2ème étape de la transmission du patrimoine.

La troisième étape pour un chef d’entreprise est la transmission de la gouvernance. C’est sans doute la partie la plus complexe puisque de nombreuses difficultés jalonnent sa mise en œuvre.

Faut il passer les rênes au sein de la famille ? Celui ou ceux qui sont susceptibles de recevoir la gouvernance en ont-ils réellement envie ? Sont-ils aptes ? Sont-ils prêts ? Confier à son enfant la direction d’une entreprise que l’on a dirigée pendant des années engendre souvent des réactions extrêmes : pour certains dirigeants, cette transmission est dans la logique des choses et la pression à la réussite est alors très grande pour le successeur. Pour d’autres au contraire, il faudra beaucoup de diplomatie et de compétence à l’enfant repreneur pour convaincre de ses capacités et se positionner en futur dirigeant.

La priorité est d’instaurer un vrai dialogue familial afin d’aborder la transmission dans une grande transparence. Cette démarche s’inscrira en concertation avec les autres actionnaires, les dirigeants non familiaux, le personnel et les partenaires de l’entreprise. L’aide d’une personne extérieure de confiance apportera objectivité, détachement, professionnalisme et médiation si les échanges sont difficiles.

Comment transmettre ? Progressivement, rapidement, en gardant une partie du contrôle ? Pour le chef d’entreprise qui transmet la gouvernance, il lui est indispensable de s’être auparavant fixé des objectifs personnels externes à l’entreprise : investissement dans une nouvelle activité, soutien de projets de Private Equity, création d’une fondation ou d’un fonds de dotation, sont autant de pistes pour donner un nouveau sens au parcours de vie. Ces projets éviteront une rupture trop brutale avec le monde économique ou une ingérence dans l’entreprise transmise. Troisième étape, la transmission de la gouvernance doit s’accompagner de nouveaux projets, pour redonner du sens à l’ancienne génération et laisser de la liberté à la nouvelle.

La dernière étape concerne la transmission des biens matériels et nécessite d’en avoir pleinement mûri les enjeux. Cette transmission doit faire l’objet d’un dialogue intra familial et ne doit jamais être traitée à la légère. Les sujets sensibles non abordés du vivant des parents peuvent s’avérer explosifs au moment de la succession.

Le dessaisissement par les parents donateurs représente un aboutissement. La transmission est le fruit d’un travail et d’un investissement personnel de toute une vie qui doit être apprécié à sa juste valeur par les héritiers, sans pour autant qu’ils n’aient le sentiment d’être redevables ou contraints.

Les donataires peuvent se sentir déstabilisés par cette transmission. En comprennent-ils vraiment les enjeux? Sont-ils prêts à être des héritiers ou des actionnaires responsables et avisés ? Cette donation n’est-elle pas de nature à bouleverser leur vision de leur avenir et pourront-ils poursuivre leur chemin personnel ?

Ces questions sont primordiales et doivent être abordées avec le temps nécessaire à leur maturation. Le conseil de famille, retrouve alors toute sa dimension et son utilité. Il permet à chacun d’exprimer sa vision des choses et ses objectifs personnels. Il clarifie le sens donné au parcours de vie, fédère les forces et ponctue l’évolution du groupe familial. Avec l’aide du Family Office, dans une alternance de proximité et de discernement, pourront être abordés sans tabou et en toute transparence, les ressentis et aspirations personnelles de chacun. Dernière étape, la transmission des biens est pour le donateur l’aboutissement d’un parcours de vie et pour le donataire le début d’une nouvelle aventure. Chacun doit s’y préparer.

 

Evelyne Brugère et Marie-Noëlle de Pembroke